Le théâtre de Lord Ruthwen

Ou les créations et inspirations de Lord Ruthwen, une personne amoureuse de couture, de costumes et de looks excentriques, assistée par son mannequin fétiche, Christabella.

26 mars 2008

Le déjeuner en fourrure

oppenheim1Voici une nouvelle que m'a inspiré "Le déjeuner en fourrure", oeuvre surréaliste de l'artiste Meret Oppenheim.

Mme de P., comtesse d'excellente éducation, ne recevait en sa demeure que le beau monde. Elle ne faisait servir que les plats les plus raffinés et les chambres de son château étaient plus belles les une que les autres, de sorte que ses invités fussent comblés jusque dans leur songes.
Celle-ci ne s'habillait bien entendu qu'à la toute dernière mode de Paris et possédait autant de toilettes qu'il y avait d'occasions de les faire voir.

Il s'avéra qu'un hiver, la fourrure fut à la mode. Toutes les dames de bonne condition se firent alors un devoir de se procurer robes et manteaux garnis de fourrure. Mme de P. voulut faire plus encore et ordonna que son mobilier entier soit à la mode. Elle fit venir les meilleurs artisans afin qu'ils recouvrissent tous ses meubles d'hermine.
Toute sa société acclama tant de goût et de raffinement. Mme de P. fut comblée jusqu'à ce que quelques dames qui tenaient des salons rivaux fassent de même dans leur maison. Devant une telle banalisation du mobilier en fourrure, Mme de P. perdit de son prestige. On l'accusa même d'avoir copié la Marquise de C.
"Comment ? On m'accuse donc de ne pas être originale ? Que ma maison toute entière soit en fourrure ! Que les domestiques en revêtent ! Que ma vaisselle même soit garnie !"
Des dizaines d'artisans furent employés pour l'occasion et leur travail dura des semaines entières. Mme de P. ne voulut plus se montrer jusqu'à ce que sa maison soit présentable.

Au bout de deux mois, elle fit donner un banquet pour célébrer son œuvre achevée. Elle invita le plus beau monde des quatre coins du pays. Tous furent reçus avec mille cadeaux et mille caresses. Mais au moment de passer à table, les invités eurent un mouvement de recul et de dégoût. Voilà qu'on leur servait la soupe dans des assiettes en hermine, le vin dans des verres à poils et le thé dans des tasses en fourrure ! Eux qui aimaient à venir chez Mme de P. (uniquement !) pour les excellents repas qu'elle y faisait servir partirent les uns après les autres, courroucés par une telle plaisanterie.

Mme de P. qui pensait voir arriver son heure de gloire resta seule au milieu de ses meubles et de sa vaisselle en fourrure. De honte, elle ne voulut plus jamais sortir de chez elle.

Posté par Lord Ruthwen à 09:08 - Réflexions - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


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